Depuis le 13 décembre, l'amirauté britannique avait envoyé des navires à Montevideo. Seulement le croiseur lourd,
Cumberland, est arrivé jusque-là pour soutenir le
HMS Ajax et
HMS Achilles, déjà au poste à l'embouchure du fleuve. Passé le délai de 72 heures qui lui était accordé, le
Graf von Spee quitte lentement le port de Montevideo et se dirige vers le milieu de la baie. Pensant que parmi les unités anglaises qui l'attendent à la limite des eaux territoriales se trouvent aussi le croiseur de bataille
Renown et le porte-avions
Ark Royal, le commandant Hans Langsdorff a demandé à Berlin l'autorisation de se saborder, solution certainement plus honorable que l'inertie forcée, ou la capture et l'internement de l'équipage. Langsdorff est autorisé à détruire son cuirassé. Il est 18 h 15 quand le
Graf von Spee largue les amarres devant une énorme foule de curieux. Une grande partie de l'équipage a été débarquée. À 20 h 50, arrivé au milieu de l'estuaire, le
Graf von Spee se saborde. Le croiseur
Renown et le porte-avions
Ark Royal, qui ont été la cause indirecte de ce sabordage, se trouvaient alors à 1000 milles environ du port de Montevideo. Ainsi se termine une poursuite que les Anglais avaient entreprise le 30 septembre. Avec le
Deutschland, le cuirassé de poche
Admiral Graf von Spee était un véritable joyau du génie maritime allemand. Il jaugeait 12100 t standard, avait une cuirassé de 10 cm et était armé de 6 pièces de 280 mm et de 8 pièces de 150 mm. Il pouvait filer 26 nœuds et avait une autonomie de 20000 km à la vitesse de 19 nœuds. Lancé le 30 juin 1934 et entré en service deux ans plus tard, il se trouvait dans l'Atlantique avec le Deutschland depuis le mois d'août 1939. Les deux bâtiments étaient entrés en action le 26 septembre et, en un peu plus de deux mois, avaient coulé aux flottes neutres et alliées plus de 50 000 t. À la nouvelle des premières destructions, l'Amirauté anglaise (ministère de la Marine) avait constitué 9 groupes de recherche avec des navires britanniques, français et néo-zélandais. L'ensemble comprenait 14 croiseurs, 5 porte-avions, 4 cuirassés et un nombre adéquat de contre-torpilleurs. Le 11 novembre, le
Deutschland, qui avait jusque-là bourlingué sur les routes de l'Atlantique Nord, était prudemment rentré en Allemagne par l'océan Glacial Arctique et la mer du Nord, tandis que le
Graf von Spee avait poursuivi son action dans l'Atlantique Sud et dans l'océan Indien, en suivant la tactique du «frappe et disparais» de la guerre des corsaires. Jusqu'au jour où il était tombé sur l'escadre de croiseurs du commodore Harwood. Imaginant quel choc psychologique et quelle perte de prestige ce serait pour l'Allemagne si le sort du
Graf von Spee devait être réservé aussi au
Deutschland,
Hitler décida de rebaptiser ce dernier du nom de
Lützow